14.5.09

Colors


Festival Images Singulières, Sète
tirage argentique couleur



Achetez à crédit #1, Cers
tirage argentique couleur



Achetez à crédit #2, Cers
tirage argentique couleur



Festival Images Singulières, Sète
tirage argentique couleur



Bateau
tirage argentique couleur



Autoportrait
tirage argentique couleur

26.3.09

The Great Escape



Techniques mixtes sur toile
100x83cm

27.2.09

Fragments du Quotidien n°1/2/3

7h20, Paris

Cinq ans.
Pas un seul jour ne s'était écoulé sans ces horribles maux de tête. Pas une seule nuit sans que la douleur ne réveille mon corps. Il n'y avait que des journées de sécheresse, un désert silencieux parsemé d'arbres morts. Des nuits trempées de sueur, une peau luisante de cette glace qui ne fond pas assez vite. Un champ de ruines que je traversais tel un somnambule. 
Un environnement sonore uniquement composé du doux murmure de l'électro-ménager accumulé au fil de ma solitude. Le réveil se taît. La cafetière gargouille. Le réfrigérateur ronronne paisiblement. Le grille-pain m'avertit dans un sursaut. Le petit-déjeuner est prêt. Comme tous les matins. Et comme tous les matins, je ne peux rien avaler. Je me tais. Mon ventre gargouille. Je ne ronronne pas. Je ne sursaute pas. J'aimerais bien.

Les fenêtres ne claquent pas, elles restent fermées.
Les portes ne claquent pas à cause des fenêtres qui restent fermées. C'était il y a cinq ans. 
La dernière fois que j'ai entendu une porte claquer ce n'était pas à cause d'un courant d'air. Elle est partie en tenant notre fille par la main. La gauche. Je le sais, je l'ai vu. Par la fenêtre. Grande ouverte.


8h30, Sao Paulo

Un battement d'elle et tout s'anime. 
Mes yeux s'ouvrent et voient, mon coeur frémit et bat dans un crescendo sublime. 
Un battement d'elle et mes mains engourdies se déplient, caressent les plis de sa robe. 
Les mots se dérobent et ma gorge se noue, le monde s'évanouit, il ne reste plus que nous. 
Un battement d'elle et mon corps se tend, je l'observe attendri et le temps m'obéit, 
figé comme un instantané noir et blanc, témoignage de vie.
Un battement d'elle et le ciel est mien, ma main dans la sienne, 
je m'envole.


9h05, Los Angeles 

Ce matin, j'ai pu dormir un peu plus que d'habitude. 
Le cours de Mrs Hopkins a été annulé. J'ai promené Nixon dans le quartier. Notre voisin, Adam, était déjà affairé dans son jardin à la recherche de mauvaises herbes qu'il ne trouvera jamais. Son jardin est vert et bien entretenu comme dans une de ces publicités que je vois à la télévision quand je rentre de l'école. Tous les matins, il s'occupe de son bout de terrain obtenu à crédit. On a tous le même bout de terrain, tous le même jardin bien vert et tous le même crédit. Un peu plus loin, j'ai croisé Lily et Helen en train de faire du jogging. 
Je n'ai jamais compris ce qui pouvait les pousser à se fatiguer comme ça dès le début de la journée. Pour moi, courir ne pouvait servir qu'à deux choses seulement. Fuir ou poursuivre. Après tout, j'en sais rien, peut-être qu'elles fuient tous les matins, qu'elles se retrouvent et poursuivent la même chose. Je ne sais pas ce que Lily et Helen traquent, en tout cas ça doit être un truc qui court rudement vite parce qu'elles rentrent tous les jours chez elles, essoufflées et dépitées. Quant à savoir ce qu'elles fuient, je pense que ça s'appelle l'ennui. 
Je me suis arrêté au coin de Neptune Avenue et Lester Street pour consacrer quelques minutes au dressage de Nixon. C'est un bon chien, bien qu'un peu débile. Dernièrement, je lui ai appris à faire ses besoins au pied du panneau « Surveillance de voisinage ». 
Maman m'a expliqué ce que ça voulait dire. Entre voisins, on s'entraide. Le truc, c'est de savoir reconnaître l'intrus et d'appeler la police. C'est plutôt nul comme façon de faire à mon avis. 
A Noël dernier, mes grands-parents ont été arrêtés à cause d'un voisin pas vraiment physionomiste. En plus du choc psychologique, on n'a pas pu manger car le shérif-adjoint avait eu la bonne idée de plaquer la dinde au sol. Réjouissons-nous, il aurait pu la confondre avec ma grand-mère.

16.2.09

Automne


Huile sur toile. 97x73 cm

31.1.09

29.12.08

DIMANCHE

Que pouvons-nous espérer d'un jour misérablement coincé
entre le samedi et le lundi? Rien.

Le dimanche n'a rien qui lui appartienne réellement.
Le matin, on traîne derrière nous le spectre titubant
de la nuit du samedi, pathétique gueule de bois.

Une douche, la brume se dissipe peu à peu.
Le dimanche commence ainsi, ponctué de relents
divers. On aimerait bien faire comme Dieu, se
reposer, à défaut de créer une planète. Impossible.

Du vide émerge une scène de théâtre mal éclairée.
Les souvenirs de la semaine passée envahissent
l'espace dans un brouhaha incroyable.
Epuisés, ils s'en vont dans les loges.

Vient alors le tour des angoisses de la semaine
à venir. Elles sont toujours présentes,
invariablement, à chaque représentation.

Spectacle déprimant mais ordonné.
Parfois, souvenirs et angoisses montent en
choeur sur les planches, et c'est une cacophonie
insupportable.

Heureusement, il n'y a que des sièges vides devant
la scène. Tous vides, sauf un un.
Situé au premier rang, il porte la marque de notre
postérieur et a les accoudoirs déchirés.

Et tous les dimanches, on se vautre dedans.

D'abord à contrecoeur. Finalement, on trouve ça
confortable alors on reste et on regarde.

Le rideau tombe et le vide dominical reprend ses droits.

13.12.08

12.12.08

2.12.08

LE PETIT NICOLAS

Vingt-heures trente. Vera est en retard. Peu importe. Elle se maquille minutieusement, en prenant son temps. Etre belle. Etre désirée. Dans la lumière blafarde de la salle de bain, le visage de Vera se modifie. Du rouge sur les lèvres puis un trait de noir ici, du fond de teint là. Elle se recouvre puis s'oublie. Ces quelques minutes étaient nécessaires pour Vera, avant de devenir obligatoires. Pense au client. Nettoyer, recommencer. Un trait bien net sous les yeux. Voilà. Face à son reflet, Vera regarde sans se voir.

Elle distingue ce corps qui est le sien, sans l'apprécier.

Ce visage qui se colore sous ses gestes, sans le reconnaître.

Un dernier regard, la lumière fait place à l'obscurité, Vera quitte la salle de bain. Ne rien oublier. Portable rechargé, cigarettes qui tuent le temps, préservatifs qui tuent l'amour et sauvent la vie.

Un paquet de chewingum aussi.

Elle enjambe les jouets en plastique éparpillés dans le modeste salon, se dirige vers la chambre. De grosses lettres en bois peint sont collées sur la porte: « Nicolas ». Vera glisse la tête par l'ouverture. Il dort. Sa respiration est d'un calme rassurant. Un baiser sur le front.

« A demain, mon ange ».

29.11.08

DIS BONJOUR AUX ANGES



I


N'éteins pas la lumière. Ne ferme pas les volets. 
Laisse les fenêtres grandes ouvertes. Ne tire pas les rideaux. 
N'éteins pas ta chaîne stéréo. Ne referme pas ton frigo. 
Ne claque pas la porte. Tu peux même laisser les clefs sur la porte.
 Après tout, quelqu'un finira bien par venir ranger tout ça. 
Tu es prêt à partir. Tu espères que les courants d'air ne déplaceront pas la lettre que tu as soigneusement rédigée. Tu l'as mise bien en évidence, sur le bureau. Tu parcours du regard ton neuf mètres carré. Le bordel respire ta présence. Une fois parti, personne n'y croira en voyant ça. Tout le monde pensera que tu es allé acheter des cigarettes, que tu vas débarquer d'un moment à l'autre, cracher ta fumée longuement, t'asseoir dans un coin, attraper la guitare qui traîne par terre, jouer un truc pas gai, secouer la tête en disant que c'est triste mais que tu trouves ça vraiment beau. 
Tu repenses aux nombreuses fois où tu as secoué la tête en disant cette phrase. Tu regardes tes murs une dernière fois. 
Toutes les photographies que tu as faites sont accrochées soigneusement. Tu te souviens, à genoux sur ton lit, préparant des petites boules de pâte à fixer blanche. Comme toutes ces nuits que tu as passés à attendre que le jour se lève. Tu partais à l'aube, gelé, pour arpenter les rues vides. Tu voulais que ton esprit se vide de la même manière. Peut-être qu'ainsi tu aurais retrouvé le sommeil. Peut-être que tu n'aurais pas eu peur de laisser tes pensées t'envahir. Peut-être que tout aurait été différent. 
Tu ne serais pas là. En haut de cet immeuble. Fermant les yeux. Basculant.



II


J'avance le sourire aux lèvres. 
Les poches vides et le coeur plein. 
Un clochard me demande du tabac, je lui en donne. 
Il me remercie puis regarde mes chaussures. 
"Elles sont vraiment pourries tes godasses, mon pauvre." 
Je sais. J'avance le sourire aux lèvres. 
Les pieds de toile trouée et le bonheur imperméable. 



III 


All alone, my thoughts running on. 
Remember when it was dawn. 
The things you said to me, without a word. 
Now I'm so far from you, but our hearts get closer.
You make me breath, you make me live.
I'm in love with you.



IV


La solitude est un fauteuil confortable.
Je me vautre dedans. 
Je ne veux plus bouger. 
Le seul malheur est qu'il soit monoplace.




AMERICA/AMERICA